Monoprix calcule 10 millions de prévisions de ventes par jour pour limiter les ruptures

Monoprix vient de détailler un chantier technologique qui touche directement l’un des irritants majeurs des courses alimentaires : la rupture de stock. Présenté le 29 septembre 2026 au Dataiku Summit à Paris puis documenté les 1er et 2 octobre, son système de prévision calcule chaque jour environ 10 millions de prévisions de ventes, à la maille d’un produit, d’un magasin et d’une journée, sur un horizon de quatorze jours.

L’objectif n’est pas de remplir au maximum les réserves. Monoprix cherche au contraire à trouver un niveau de stock suffisamment élevé pour éviter le rayon vide, sans générer de surstock coûteux ou d’invendus. Selon l’enseigne, le modèle actuel améliore en moyenne de cinq points la fiabilité des prévisions par rapport à l’ancienne méthode.

L’ancienne méthode regardait surtout les quatre dernières semaines

Jusqu’à présent, les outils de réapprovisionnement reposaient notamment sur une moyenne mobile pondérée des ventes réalisées au cours des quatre semaines précédentes.

Cette logique fonctionne correctement lorsque le comportement du magasin reste stable. Elle devient beaucoup moins pertinente lorsqu’un quartier se vide pendant les vacances, lorsqu’une vague de chaleur modifie les achats ou lorsqu’un événement local attire soudainement davantage de consommateurs.

Les équipes pouvaient corriger manuellement les anomalies, mais la tâche devient très lourde à l’échelle de plusieurs centaines de points de vente et de milliers de références.

Monoprix a donc demandé à ses équipes Data Science de produire une prévision quotidienne automatisée pour chaque combinaison magasin-produit.

Le projet s’inscrit dans une transformation plus large de son commerce alimentaire numérique. Depuis septembre, . Prix, stock et disponibilité deviennent ainsi trois dimensions étroitement liées de l’expérience e-commerce.

Météo, vacances et événements locaux entrent dans le calcul

L’historique des ventes reste la variable principale, mais il n’est plus la seule.

Le modèle intègre notamment les jours du calendrier, les fêtes, les vacances scolaires, la température, la pluie et certaines opérations commerciales comme les soldes ou la foire aux vins.

Monoprix utilise un modèle de type LightGBM après avoir testé différentes approches de machine learning.

La météo a nécessité des ajustements particuliers. L’enseigne distingue désormais les produits dont la demande augmente avec la chaleur, ceux qui sont favorisés par le froid et ceux qui restent relativement insensibles à la température.

L’exemple raconté au Dataiku Summit est parlant : le modèle avait initialement mal anticipé la remontée de la demande de raclette lorsque les températures avaient baissé.

L’algorithme a donc été modifié plutôt que présenté comme un outil figé.

Dix millions de prévisions sont recalculées chaque jour

Le système fonctionne sur un horizon de quatorze jours et recalcule ses résultats quotidiennement à partir des données de la veille.

Alliancy évoque environ 10 millions de valeurs produites chaque jour.

Le fonctionnement n’est donc pas du temps réel.

Les données de vente sont stockées dans Snowflake, des services externes fournissent notamment la météo et les informations de la chaîne logistique sont également intégrées. Les prévisions sont ensuite renvoyées vers les outils opérationnels de réapprovisionnement.

La chaîne est annoncée comme automatisée, mais les équipes conservent la possibilité d’intervenir.

Un magasin peut signaler une anomalie et les équipes centrales peuvent ajouter ou corriger des événements qui n’auraient pas été captés automatiquement.

Monoprix préfère légèrement surévaluer certains besoins

Un algorithme parfaitement équilibré statistiquement peut se tromper autant à la hausse qu’à la baisse.

Monoprix a choisi de ne pas appliquer exactement cette neutralité aux approvisionnements. Pour certaines références importantes, les résultats sont légèrement rehaussés afin de sécuriser la disponibilité.

Le coefficient varie selon le niveau de prédictibilité et l’importance commerciale du produit.

La logique devrait être affinée catégorie par catégorie. Pour des produits exposés aux vols ou aux invendus, le groupe pourrait privilégier davantage la limitation du surstock.

Ce compromis est particulièrement sensible dans l’alimentaire frais, où une commande trop importante finit rapidement en démarque.

Dans les courses en ligne, cette précision devient aussi un enjeu de confiance. .

Les fruits et légumes ne sont pas encore totalement couverts

Le dispositif est annoncé comme déployé dans tous les magasins Monoprix de France et a également été étendu à Naturalia. Il est aussi testé sur les petits formats.

Mais il ne couvre pas encore toutes les catégories de la même manière.

Les fruits et légumes, dont le réapprovisionnement obéit à des contraintes particulières, restent notamment en phase d’expérimentation.

C’est précisément l’un des rayons pour lesquels la disponibilité et la qualité jouent un rôle majeur dans le panier numérique.

Une référence peut être techniquement présente tout en ne répondant pas au niveau de maturité ou de fraîcheur attendu par le consommateur.

L’algorithme ne remplace donc ni la qualité du produit ni le contrôle humain.

Cinq points de fiabilité gagnés en moyenne

Monoprix annonce une amélioration moyenne d’environ cinq points de fiabilité par rapport à l’ancienne méthode.

Le gain serait encore supérieur lors de fêtes, vacances scolaires ou événements atypiques.

Il faut cependant distinguer prévision et résultat final.

Une meilleure anticipation des ventes ne garantit pas qu’un fournisseur puisse livrer, qu’aucune panne logistique ne survienne ou que chaque stock affiché en ligne soit systématiquement exact.

Les sources décrivent un système de prévision et de réassort magasin. Elles ne précisent pas que le moteur e-commerce de Monoprix utilise directement ces prévisions pour afficher les disponibilités sur courses.monoprix.fr.

L’impact sur les courses en ligne est donc indirect mais potentiellement important : moins de ruptures physiques signifie davantage de chances que les paniers préparés puissent être servis conformément à la commande.

D’autres distributeurs enrichissent leurs interfaces numériques d’une autre manière. . Chez Monoprix, l’innovation actuelle se situe en amont de l’écran, dans la prévision de ce qui devra réellement être disponible en rayon.

L’IA générative pourrait intervenir dans une deuxième étape

Le système actuellement utilisé n’est pas fondé sur un grand modèle de langage.

Monoprix réfléchit cependant à l’utilisation de l’IA générative pour analyser des informations non structurées et repérer des événements locaux que les équipes n’auraient pas renseignés manuellement.

Un autre usage envisagé consisterait à interroger les modèles en langage naturel afin de comprendre pourquoi une prévision s’est révélée incorrecte.

Le projet est encore évolutif : après environ deux ans et demi de travail, l’équipe en serait déjà à sa seizième ou dix-septième version.

Informations pratiques

Enseigne : Monoprix.
Projet : prévision quotidienne automatisée des ventes et du réapprovisionnement.
Présentation publique : Dataiku Summit Paris, 29 septembre 2026.
Volume annoncé : environ 10 millions de prévisions par jour.
Horizon : 14 jours.
Maille : magasin × produit × jour.
Technologie principale citée : modèle LightGBM sur la plateforme Dataiku.
Variables : historique de ventes, calendrier, fêtes, vacances scolaires, météo, promotions et événements locaux.
Gain de fiabilité annoncé : environ 5 points en moyenne par rapport à l’ancienne méthode.
Déploiement : magasins Monoprix de France et Naturalia ; tests sur les petits formats.
Fruits et légumes : expérimentation en cours.
Impact direct sur l’affichage des stocks en ligne : non documenté dans les sources consultées.
Adresse / téléphone / GPS / pistes : sans objet, l’innovation est nationale et ne concerne pas un point de retrait unique. Statut : outil en production et encore en évolution.

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